La science nous a déjà sauvé

"C'est l'histoire d'un homme dont la ferme est située au bord d'une rivière qui déborde. Voyant l'eau monter, un voisin arrive dans sa jeep et lui offre de quitter les lieux avant que sa ferme soit inondée.

-Oh non! répond le fermier avec confiance, Dieu me sauvera.

L'eau continue de monter et notre homme se voit forcé de se réfugier au deuxième étage de sa maison. Un bateau policier survient, et les agents l'invitent à grimper à bord.

-Oh non, ce ne sera pas nécessaire, Dieu me sauvera!

Finalement l'eau engloutit complètement sa maison et un hélicoptère de la garde côtière vient se porter au secours de notre homme maintenant perché sur le toit. Mais encore une fois il refuse. Juste à ce moment une vague géante s'abat sur sa maison et notre homme se noie.

Arrivé au paradis, il s'en prend au seigneur , exigeant de savoir pourquoi Dieu l'avait laissé mourir alors que sa foi était si grande.

-Comment ça, je t'ai laissé mourir? demande le père céleste, je t'ai envoyé une jeep, un bateau, et un hélicoptère et tu n'as pas bougé..."

Cette histoire classique connue de tous prend tout son sens métaphorique en la calquant sur la situation dans laquelle se trouve notre civilisation actuellement vu par le prisme des gouvernants, médias et penseurs.

Pourtant les glaciers fondent c'est un fait, les températures du globe montent c'est un fait, l'érosion des sols et l'acidification alarmante des océans en sont deux autres, la disparition des espèces animales est un fait de plus, la concentration de carbone et de méthane dans l’atmosphère qui atteint des pics jamais vu du vivant de l'homme vient ponctuer cette courte liste extraite d'une si longue. Chacun de ces faits coupés et recoupés par des milliers de scientifiques du monde entier se tenant à l'écart de la collusion possède une courbe exponentielle prenant son essor peu avant le début du XXe siècle.

Stupeur... Nous serions donc la cause par notre mode de vie, nos habitudes, notre agriculture, nos pulsions de notre propre danger. Pourtant à mi-chemin entre déni et cynisme, nous avançons. Avancer est ici le verbe qui supplante celui d'évoluer, guidé par une croyance mystique érigé au rang de religion suprême ayant quasiment atteint aujourd'hui sa forme métastasique globale et mondialisé nommé "la croissance".

Telle la littérature de notre enfance "Martine à la plage" ou "Martine à la ferme" nous retrouvons à l'age adulte la saga mystique à suivre dans la bouche de toutes nos chères élites à travers le monde. La "croissance délivrance" de la crise, la "croissance libératrice" de l'économie, la "croissance créatrice" d'emplois et au stade ultime de l'envolée lyrique des plus grands commentateurs la "croissance ruisselante" jaillissant sur le plus modeste d'entre nous pour le guider vers la richesse absolue.

 

Malgré la dimension économico-religieuse de notre société, tous les indicateurs sont au rouges. Mais c'est peut-être dans l'argumentaire des cyniques et des sceptiques dans des maximes pleines d'espoirs, que nous pourrions trouver l'explication de la politique de l'autruche que nous pratiquons à l'échelle mondiale. "Nous trouverons des solutions", "Nous nous adapterons", ou encore à l'image du fermier de notre première histoire "La science nous sauvera". 

Croyant ou pas, Dieu ou pas, la science nous a été donné comme moyen de compréhension. De plus en plus bavarde au travers des siècles, elle nous parle assidûment des problèmes modernes qui nous préoccupent. D'ailleurs n'est ce pas la science qui nous permet de comprendre la photosynthèse, de savoir que les algues, le phytoplancton et les arbres transforment le carbone en glucide et rejettent de l'oxygène. N'est ce pas la science qui nous permet d'étudier toutes les espèces animales peuplant cette planète et d'en mesurer leurs déclins, de concevoir que la moitié des vertébrés ont disparu depuis la seconde guerre mondiale. N'est ce pas la science qui nous permet d'établir l'impact de la consommation excessive de viande sur notre organisme et sur notre monde, qu'elle soit responsable de 20% des émissions mondiales de gaz à effet de serre, que 2/3 des terres agricoles du globe soit consacrées à l'élevage ou à la production d'aliment pour du bétail, alors que les protéines animales ne sont mêmes pas essentielles à notre alimentation. N'est ce pas la science qui nous permet de remarquer la fonte du permafrost, de connaitre les conséquences d'un relâchement du méthane qu'il emprisonne. N'est ce pas la science qui permet par ses outils et ses chercheurs de traduire l'état d'épuisement mondiale des sols arables de la planète, saturés par la monoculture, les pesticides et engrais. N'est ce pas encore la science qui nous permet d'établir des modèles précis d'évolution des températures si nous ne réagissons pas, qui nous permet de visualiser la montée des océans, d'anticiper les flux migratoires à venir, de définir le pic pétrolier et ses conséquences, d'expliquer les incidences directes de la pollution sur les individus...

Malgré tout cela et pour en finir avec cet anaphore, n'est ce pas la science qui au delà de l'alerte, nous fournit des solutions! D'études détaillées sur des fermes innovantes saines, neutres en carbone, viables et pérennes aux modélisations sur la reforestation mondiale. De médecins nutritionnistes prouvant les bienfaits de régime établit sur le triptyque céréales/légumes,fruits/légumineuses, d'ingénieurs fabriquant des moyens de stockage d'énergie sans batterie chimique à faible coût. De courants de sciences économiques poussant à la décroissance et à la mise en place d'une économie de ressources définissant  notre mode de vie sur la base de ce que nous possédons réellement...

Pourtant rien ne change notre ardeur de conquête vestige d'un autre temps, le conflit d’intérêt atteignant le sommet de son art à notre époque. L'idée de l'impossibilité d'une croissance infinie dans un monde fini a pourtant fait son chemin, alors seul demeure les interrogations.

Et si notre Dieu quel qu'il soit nous envoyait à longueur de temps des études statistiques, des enquêtes, des analyses pour nous alerter sur notre situation. Nos Trump, Poutine, Macron, parlements et multinationales seraient ils le fermier de notre histoire, cela ferait-il de nous les moutons?

La science nous a déjà sauvé, encore faudrait-il le voir!

AL 08/19

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